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Comportement

03 fév 2016

Malnutrition des enfants de mères anorexiques

H. WEBER*, N. DE SUREMAIN** - *CRCB de Villeneuve-Saint-Denis, **Urgences pédiatriques, hôpital Trousseau, Paris

L’anorexie mentale est un trouble grave du comportement alimentaire qui touche 1 % des adolescentes et des femmes jeunes. Elle est dite chronique quand elle dure plus de cinq ans, ce qui survient dans environ 20 % des cas.

La prise en charge de l’anorexie chronique est très difficile car la personne nie sa pathologie et refuse souvent l’aide extérieure. Toute discussion est source de conflit et les proches sont en général impuissants. La situation passe souvent inaperçue dans l’entourage professionnel car l’anorexique feint une alimentation normale tout en triant ses aliments. Le regard de la société est beaucoup plus complaisant envers la maigreur, même pathologique, qu’envers l’obésité. La situation peut donc perdurer des années en l’absence d’aggravation. Les anorexiques évitent les médecins et leurs seules consultations volontaires sont motivées par le désir d’enfant car elles sont en général stériles. La grossesse est alors souvent induite médicalement sans prise en charge du problème de fond(1,2). Plusieurs articles ont été publiés sur l’existence de troubles nutritionnels chez les enfants de mères anorexiques(3-7).   • Les conflits sont fréquents pendant les repas avec hypercontrôle de la mère(8). Il n’y a pas d’appréciation positive sur le goût des aliments et l’enfant n’a aucun espace pour expérimenter de nouvelles saveurs. Ces rapports conflictuels peuvent induire l’apparition de troubles du comportement alimentaire (TCA) chez l’enfant avec refus alimentaire. D’ailleurs, le poids de l’enfant est inversement proportionnel au niveau de conflits pendant les repas. • Un des symptômes de l’anorexie mentale est la distorsion de l’image corporelle pouvant aller jusqu’à la dysmorphophobie. Elle peut parfois, chez la mère, modifier également l’image du corps de son enfant. De ce fait, elle restreint l’alimentation de son enfant en permanence, trie ses aliments (en supprimant sucres rapides et limitant féculents et matières grasses), exprime la peur qu’il devienne gros, voire essaie de le faire maigrir alors que son poids est normal. Cela peut aboutir à des troubles de l’image du corps chez l’enfant et à une altération de son estime qui le prédispose, plus tard, à des TCA (anorexie, boulimie, compulsions alimentaires, etc.), voire à une dépression(9). • Le retard staturo-pondéral de l’enfant peut être sévère et débuter dès la naissance. C’est un nourrisson qui grossit lorsqu’il est hospitalisé(5). L’atteinte, lorsqu’elle existe, touche en général toute la fratrie à des degrés variables et peut comporter des stigmates de malnutrition (membres très maigres et distension abdominale). Il a été constaté chez 3 enfants de mères anorexiques sur 7 un déficit en hormones de croissance(1). Par ailleurs, les troubles de la relation mère-enfant peuvent être plus généraux, au-delà de l’alimentation. Certaines mères évoquent des difficultés à jouer leur rôle parental, avec désinvestissement émotionnel et interruption des activités familiales pour pratiquer leur sport(11).   Troubles de l’alimentation : quoi faire ? À qui s’adresser ?   Puisque le sujet de l’alimentation est tabou, la situation des maris est très difficile : ils ont le choix entre être aveugles ou en conflit. Les autres proches sont également rejetés lorsqu’ils veulent intervenir. Enfin, ni l’école, ni les médecins ne jouent leur rôle de donneur d’alerte. Il n’y a d’ailleurs souvent aucun suivi médical, la mère évitant un dépistage. Le registre MoBa publié en 2010 a recensé 13 006 femmes pendant et après la grossesse pour étudier le retentissement des TCA de la mère chez l’enfant. L’inclusion de la mère était basée sur le volontariat. Seules 17 anorexiques ont participé sur 13 006 femmes, ce qui montre bien la réticence de ces femmes à être identifiées et suivies(13).   Les enfants de mères anorexiques : quel suivi ?   Il existe donc un réel problème nutritionnel chez les enfants de mères anorexiques qui s’apparente à de la maltraitance par carence en soins, avec des conséquences potentiellement graves. Sa fréquence est difficile à chiffrer, mais un diagnostic est indispensable le plus tôt possible, surtout en cas de retard staturo-pondéral, après avoir éliminé les causes organiques. Les pédiatres et les médecins généralistes sont les mieux placés pour faire le diagnostic, même si le suivi est très inconstant et l’interrogatoire de la mère difficile. Il est surprenant que l’on induise des grossesses sans prise en charge globale préalable chez ces femmes malades. Un suivi multidisciplinaire devrait être obligatoire avant, pendant et après la grossesse. Plusieurs auteurs soulignent ce problème avec le rôle majeur que devraient jouer les gynécologues dans la prévention et le diagnostic des TCA chez ces femmes(14,1,2). Ils citent le risque de faible poids de naissance de l’enfant, de prématurité et de troubles nutritionnels après la naissance. Par ailleurs, induites ou non, ce sont des grossesses à risque pour la mère et l’enfant qui devraient nécessiter une surveillance accrue(12). Du fait de la possibilité médicale d’augmenter la fertilité chez ces femmes, il semble indispensable d’être vigilant sur les conséquences possibles chez les enfants(1).   En conclusion   Le problème des enfants de mères anorexiques est sérieux, trop peu connu de la population générale, des familles et des médecins eux-mêmes. Il pose un problème éthique qui nécessite une réflexion des praticiens en général et des médecins dans les centres de stérilité en particulier. La prise en charge des anorexiques est toujours difficile et doit se faire en collaboration avec un psychiatre.

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