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Adolescence

25 nov 2021

L’adolescent et sa famille - Du travail familial du pédiatre aux thérapies familiales

Renaud DE TOURNEMIRE Hôpital Ambroise Paré (AP-HP), hôpital de Poissy-Saint-Germain-en-Laye
thérapies familiales

Le pédiatre et a fortiori le médecin pour adolescent, est à la fois thérapeute de l’adolescent et thérapeute de ses parents. Il est aussi, souvent, le médecin de famille qui reçoit l’ensemble de la fratrie. Il ne peut faire abstraction de la cellule familiale, notamment dans le cadre des maladies chroniques ou graves dont on connaît l’impact sur le fonctionnement familial.
Ainsi, le pédiatre qui accompagne l’adolescent dans sa singularité avec une attention au respect de son intimité et de la confidentialité doit aussi savoir écouter, guider et soutenir les parents, sans oublier la fratrie.

Quelques modalités pratiques Recevoir les deux parents, ensemble ou en alternance, et cela même si un parent peut sembler « meilleur » parent. Par exemple, si une adolescente suivie pour un diabète vient systéma-tiquement en consultation avec sa mère, on peut dire en fin de consultation devant la mère, en s’adressant à la jeune fille : « J’ai besoin de voir ton père de temps en temps pour l’informer et répondre à ses questions, Pourriez-vous, Madame, proposer au père d’accompagner sa fille une fois sur deux ? » Proposer une fois une consultation dédiée à la fratrie au tour des problèmes de santé de l’adolescent (ou l’enfant) malade. En hospitalisation, penser à proposer un entretien familial notamment dans les situations de crise suicidaire ou de trouble des conduites alimentaires (expression des émotions, de la culpabilité, de la colère, du besoin que nous mettions des mots). Mise en place de groupe fratrie autour d’une maladie chronique (exemple : groupe fratrie en oncologie à l’Institut Curie, groupe fratrie autour des TCA à la maison des adolescents de Cochin). Un outil simple, mais précieux pour appréhender au mieux la famille d’un enfant est le génogramme auquel on peut ajouter une frise chronologique. Le génogramme, outil particulièrement développé par la psycho-généalogiste Anne Ancelin Schützenberg, représente, en plus de l’arbre généalogique classique que nous apprenons à faire en génétique, les liens affectifs et des informations que l’utilisateur jugera pertinentes (métiers, lieux de vie, scolarité, maladies, décès, séparations, etc.). Exemples fictifs d’un arbre généalogique, d’un génogramme et d’une frise chronologique Sofia (la flèche désigne le patient) est hospitalisée pour tentative de suicide par intoxication médicamenteuse. Arbre généalogique Elle est l’aînée d’une fratrie de trois. Sa petite sœur est adoptée. La mère a eu deux fausses couches entre son frère et sa sœur. Les parents sont séparés. Le père a eu un fils d’une première union. Une IVG est notée lors d’une deuxième relation. La mère de Sofia vit avec un compagnon qui a deux fils jumeaux homozygotes d’une relation précédente. Les grands-parents paternels sont morts, les grands-parents maternels sont séparés (figure 1). Génogramme Sofia a 17 ans. Elle est en terminale ST2S. Son frère Alexis 16 ans est en seconde. Ariane, 8 ans, est en CE2. Les parents ont divorcé en 2016 (/ séparation ; // divorce). Les enfants vivent avec leur mère et leur beau-père à Toulouse.  Le père, Pierre, 37 ans, travaille dans la presse et vit à Bordeaux. Son fils aîné Pierre, 21 ans (qu’il a donc eu à 16 ans), est cuisinier à Paris. Le grand-père paternel, Pierre (prénom des aînés) est mort en 1990 dans un accident de voiture. Sa grand-mère Nicole est décédée d’un AVC en 2010. La mère, Bianca, 40 ans, est ingénieur. Les grands-parents maternels, séparés en 1995 sont espagnols et vivent à Barcelone. Les relations entre Bianca et son père sont conflictuelles. Les relations entre Ariane et sa mère sont fusionnelles et conflictuelles. Les relations entre la mère de Sofia et sa propre mère sont fusionnelles alors qu’elle n’a plus de lien avec son propre père (figure 2). Frise chronologique Sofia est née à Londres en 2003. On note qu’au fil du temps, les lieux de vie à droite (Londres, Munich, Toulouse 1, Toulouse 2 à la suite de la séparation des parents) ; les événements familiaux ou pertinents à gauche (naissance d’Alexis, fausses couches, mort de la GMP, adoption d’Ariane, chômage du père, séparation des parents, installation du beau-père, tentative de suicide) (figure 3). On peut ainsi avoir dans le dossier médical une multitude d’informations concernant le contexte de vie de l’adolescent (l’enfant) que l’on suit, que l’on se remémore en un coup d’œil (figure 4).

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