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Endocrinologie-Diabétologie

10 fév 2021

Comportements alimentaires problématiques chez les jeunes diabétiques sous insuline

Patrice DARMON, Marseille

De plus en plus de jeunes patients diabétiques présentent des troubles du comportement alimentaire associés à une mauvaise adhérence au traitement, comme le montre une récente étude nord-américaine.

La prévalence des troubles des conduites alimentaires (TCA) est élevée chez les adolescents et les jeunes adultes présentant un diabète de type 1 (DT1), avec une forte prédominance féminine. Si la fréquence de l’anorexie mentale est comparable à celle observée chez les sujets non diabétiques, celle de la boulimie serait un peu plus élevée tandis que les TCA atypiques seraient 2 à 3 fois plus fréquents que dans la population générale (4 à 8 %). Plus largement, des « comportements alimentaires problématiques » ou DEB, disordered eating behaviors (régimes restrictifs, jeûne, compulsions alimentaires, vomissements, hyperactivité physique, resucrage excessif après hypoglycémie, omission des injections d’insuline ou sous-dosage volontaire, etc.) sont très fréquemment retrouvés chez les jeunes patients DT1 (jusqu’à 50 % des filles et 20 % des garçons). Chez ces sujets, certains traits pourraient potentialiser les facteurs génétiques, psycho-sociaux et environnementaux impliqués dans la survenue d’un TCA : insatisfaction corporelle et faible estime de soi, communes aux maladies chroniques ; focalisation excessive sur les aliments, les glucides et le poids, souvent nourrie de fausses croyances, de privations injustifiées et de frustrations, avec le risque de perdre le contrôle de l’alimentation ; peur des hypoglycémies avec consommation impulsive et excessive de glucides à visée préventive ou correctrice ; peur de ne pas savoir gérer les contraintes du traitement par insuline, etc. Chez les jeunes patients DT1, les TCA sont associés à une mauvaise adhésion au traitement et à un équilibre glycémique médiocre, avec majoration du risque d’hospitalisation pour acidocétose et de complications. À ce jour, il n’existe que très peu de données sur la prévalence des TCA chez les jeunes patients DT2. L’étude SEARCH for Diabetes in Youth Study est une étude prospective de cohorte menée dans cinq états américains incluant des jeunes diabétiques DT1 ou DT2. L’analyse présentée ici concerne les patients dont le diagnostic de diabète a été porté entre 10 et 20 ans, recevant un traitement par insuline et ayant rempli un questionnaire de dépistage des comportements alimentaires problématiques validé dans le DT1 (Diabetes Eating Problem Survey- Revised, DEPS-R). Ce questionnaire comporte 16 items et un score  20 suggère la possibilité de problèmes comportementaux en lien avec l’alimentation ; notons que ce questionnaire a été ré cemment validé dans sa version française (Gagnon C et coll. BAOJ Diabet 2017). L’étude porte sur 2 156 patients DT1 (âge moyen : 17,7 ans ; 50 % de femmes) et 149 patients DT2 sous insuline (âge moyen : 21,8 ans ; 64,4 % de femmes). La prévalence des comportements alimentaires problématiques est de 21,2 % chez les DT1 (12,2 % chez les garçons et 30,2 % chez les filles) et de 50,3 % chez les DT2 (51 % chez les hommes, 49 % chez les femmes). Elle augmente avec l’âge, l’IMC et la résistance à l’insuline (estimée par un index intégrant tour de taille, triglycérides et HbA1c). Des conduites d’instrumentalisation des doses d’insuline au bénéfice du contrôle pondéral (« diaboulimie ») sont reconnues par 18,2 % des DT1 et 23,1 % des DT2. Les patients présentant un DEPS-R  20 sont plus mal équilibrés, font moins d’autosurveillance glycémique, présentent des scores de dépression plus élevés et des scores de qualité de vie plus faibles. Parmi les DT1, ceux qui présentent un DEPS-R  20 sont plus souvent issus des minorités ethniques, ont un niveau socio-économique plus faible, sont moins fréquemment traités par pompe et ont présenté plus d’épisodes d’acidocétose au cours des 6 derniers mois. Conclusion Cette étude a le double avantage d’être la plus large sur le sujet et d’inclure des jeunes DT2 sous insuline pour lesquels nous n’avions jusque-là que très peu de données. Elle retrouve une prévalence très élevée des comportements alimentaires problématiques dans ce groupe de sujets, chez les filles comme chez les garçons, et confirme la fréquence de ces comportements à risque chez leurs homologues DT1, notamment chez les filles. Chez les patients diabétiques, ces troubles débutent le plus souvent entre 14 et 19 ans, surviennent plus volontiers chez les individus en surpoids et/ou avec un faible niveau socioéconomique, et s’accompagnent d’une adhésion médiocre au traitement, d’un mauvais équilibre glycémique et d’un risque accru d’acidocétose dans le DT1. Il est essentiel pour les cliniciens de savoir repérer précocement les TCA et les comportements alimentaires problématiques chez ces jeunes patients, et de bien les orienter pour une prise en charge optimale. Celle-ci est particulièrement complexe et doit s’appuyer sur une équipe pluri-professionnelle expérimentée, capable d’appréhender les aspects nutritionnels, psychologiques et environnementaux mais aussi les problématiques directement en lien avec le diabète et son traitement.

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