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En direct des staffs

19 mai 2021

Dermite des chaufferettes

Erwan TURQUIER, Emmanuel MAHÉ, Service de dermatologie, hôpital Victor Dupouy, Argenteuil

La rubrique « En direct des staffs » est ouverte à tout médecin d’un service de pédiatrie souhaitant partager avec les lecteurs de Pédiatrie Pratique les cas discutés dans son service et qu’il estime suffisamment intéressants et édifiants pour être portés à la connaissance de ses confrères.

Observation 1 Une patiente de 14 ans est adressée en consultation pour biopsie cutanée de lésions livédoïdes de la face interne des deux pieds faisant suspecter une vascularite. Les lésions ne sont pas douloureuse, non inflammatoires, pigmentées, apparues au cours de l’hiver (figure 1). Figure 1. Patient de 14 ans avec des lésions livédoïdes de la face interne des pieds. À l’interrogatoire, il est retrouvé l’application d’une bouillote pendant tout l’hiver pour se chauffer les pieds, sans en informer les parents. Le diagnostic de « dermite des chaufferettes » est retenu. Le traitement sera l’éviction de la source de chaleur. Observation 2 Un garçon de 11 ans est reçu en consultation d’urgence pédiatrique pour une dermatose réticulée de la cuisse droite évoluant depuis 1 mois, avec suspicion de péri-artérite noueuse (figure 2). La lésion est asymptomatique, augmente progressivement de taille, brunâtre, fixe, non infiltrée, ne s’effaçant pas à la vitropression. L’examen général est sans particularité, un bilan biologique réalisé auparavant ne retrouve pas d’anomalie. L’anamnèse révèle l’utilisation quotidienne d’un ordinateur portable pendant plusieurs heures posé sur les cuisses, orientant vers le diagnostic de dermite des chaufferettes (batterie latéralisée). Il est conseillé au patient d’utiliser systématiquement un socle lors de l’utilisation d’un ordinateur. Figure 2. Dermatose réticulée de la cuisse droite. Observation 3 Un garçon de 12 ans est adressé en consultation pour des lésions livédoïdes de la jambe gauche, avec découverte deux mois auparavant d’un réseau pigmenté de la face antéro-externe de jambe gauche, sans lésion controlatérale (figure 3). L’aspect initial était plus inflammatoire, avec atténuation progressive. Un aspect pigmenté très localisé, avec un examen général normal, sans argument pour une maladie de système oriente vers le diagnostic de dermite des chaufferettes. Le facteur déclenchant n’a pas été identifié. Figure 3. Garçon de 12 ans avec lésions livédoïdes de la jambe gauche, après découverte d’un réseau pigmenté de la face antéro-externe de la jambe gauche. Épidémiologie et physiophatologie La dermite des chaufferettes ou erythema ab igne ou encore dermite a calore, est une dermatose pigmentée réticulée peu fréquente en lien avec une exposition cutanée directe, prolongée avec une source de chaleur de plus de 40 °C. Elle a été historiquement décrite lors des expositions aux feux de cheminées dans les foyers, aux bouillotes ou aux patchs antalgiques, et plus récemment, en lien avec des appareils électroniques. Diagnostic Le diagnostic est clinique, avec initialement un érythème en maille, suivi d’une pigmentation brunâtre asymptomatique, ne s’effaçant pas à la vitropression, correspondant au réseau vasculaire dermique. La lésion siège au niveau de la zone d’application de chaleur, la plupart du temps au niveau de l’abdomen, des cuisses ou des lombes. L’interrogatoire est indispensable, à la recherche de la source de chaleur responsable. L’évolution est prolongée tant que dure l’exposition, sans extension en dehors des zones d’application. Diagnostics différentiels Les diagnostics différentiels de la dermite des chaufferettes se posent avec les lésions de livedo, réticulées ou ramifiées, correspondant à des macules érythématoviolacées en réseau. Le livedo réticulé est constitué de mailles régulières, fines et fermées (losangiques). Il disparaît à la vitropression ou à la chaleur. Il est la plupart du temps physiologique, rarement pathologique en lien avec des troubles vasomoteurs (par exemple une hypoperfusion périphérique). Le livedo ramifié, ou livedo racemosa, se présente sous forme de mailles irrégulières, plus large et ouvertes (figure 4). Il disparaît lui aussi au réchauffement, mais peut persister à la vitropression. Une évolution purpurique est possible. Il est le plus souvent pathologique et doit faire rechercher une pathologie systémique sous-jacente, type thrombo-embolique ou une vascularite, notamment une péri-artérite noueuse. Figure 4. Livedo ramifié, à grosses mailles, irrégulières, dans le cadre d’une périartérite noueuse cutanée pure. Examens complémentaires Aucun examen n’est nécessaire au diagnostic de dermite des chaufferettes. Toutefois si un doute clinique subsiste, une biopsie cutanée pourra être réalisée, mettant en évidance des modifications des capillaires dermiques, d’aspect dilatés aux parois épaissis, une hyperpigmentation épidermique et des sidérophages dermiques. Prise en charge thérapeutique Le traitement consiste à arrêter l’application de la source de chaleur (limitation de la durée d’application des sources de chaleur à moins de 30 minutes). La dermite disparaît spontanément, elle peut persister plusieurs mois, voire laisser des séquelles pigmentaires en cas d’application très prolongée. Aucune surveillance systématique n’est recommandée.

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