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Néonatologie

Publié le 09 jan 2024Lecture 8 min

IHAB au service des nouveau-nés et de leurs familles

Entretien avec Béatrice MESTDAGH, hôpital Jeanne de Flandre, CHU de Lille

Initiative Hôpital Ami des Bébés (IHAB) est un label qualité créé par l’OMS et l’UNICEF il y a plus de 30 ans. Initialement axé sur la promotion de l’allaitement maternel en maternité, le programme a évolué au cours des années pour devenir un projet global centré sur le bébé et sa famille. À travers sa propre expérience, Béatrice Mestdagh (hôpital Jeanne de Flandre, CHU de Lille) précise les objectifs de la labellisation, ses avantages et la démarche à suivre pour y parvenir.

Pédiatrie Pratique – Pouvez-vous nous rappeler l’origine de l’Initiative Hôpital Ami des Bébés (IHAB) ? Béatrice Mestdagh – Il s’agit d’un label international qui a été créé par l’OMS et l’UNICEF en 1991. Au départ ce programme destiné aux professionnels de santé travaillant en maternité, visait à promouvoir l’allaitement maternel. En effet, le XXe siècle a été marqué par une baisse très importante des taux d’allaitement, ce qui posait un problème de santé publique à l’échelle mondiale avec une augmentation de la morbidité des enfants et des mères, ainsi qu’un accroissement de la mortalité infantile dans les pays en voie de développement. Ce programme a donc été conçu avec un argumentaire solide, régulièrement actualisé, pour apporter une aide aux hôpitaux afin qu’ils adoptent des pratiques de soins permettant aux mères qui le souhaitaient d’aboutir dans leur projet d’allaitement.   Pédiatrie Pratique – Beaucoup de personnes pensent qu’IHAB se limite à une ligue pro-allaitement. Que leur dites-vous ? B. Mestdagh – La démarche IHAB, c’est changer d’état d’esprit en adhérent à trois principes fondamentaux : avoir une attitude de l’ensemble de l’équipe centrée sur les besoins individuels de la mère et du nouveau-né, créer un environnement et un accompagnement en adéquation avec la philosophie des soins centrés sur la famille, et travailler en équipe et en réseau pour assurer la continuité des soins. C’est vrai que l’IHAB a été, au départ, créée par l’OMS pour promouvoir l’allaitement ma ternel. Toutefois, chaque pays a la charge d’appliquer le pro gramme et des adaptations tenant compte des spécificités nationales qui peuvent exister. En France, c’est en 2001 que la première maternité a été labellisée et très vite la volonté d’élargir ce programme à une politique de soins centrés sur l’enfant et sa famille s’est manifestée. Dans l’hexagone où les taux d’allaitement sont faibles, cette ouverture a permis de faire profiter tous les enfants des bénéfices du label IHAB, quel que soit leur mode d’alimentation. Au niveau international, le programme a évolué dans le même sens. À partir de 2006, l’OMS a élargi les objectifs considérant que le programme IHAB devait aussi prendre en compte les mamans qui n’allaitaient pas, notamment parce qu’il existait des contre-indications, par exemple en cas d’infection par le VIH. En pratique, dans la maternité où je travaille (hôpital Jeanne de Flandre), la démarche IHAB nous a permis, entre autres, de progresser dans l’accompagnement des mamans qui donnent le biberon.   Pédiatrie Pratique – Dès lors, quels sont aujourd’hui les objectifs d’IHAB ? B. Mestdagh – L’objectif est de répondre au mieux aux besoins du nouveau-né et de sa famille, d’entourer et d’accompagner les parents pour les aider à devenir confiants et autonomes pour s’occuper de leur bébé. Pour les professionnels, il s’agit d’optimiser le travail en équipe et avec la ville, afin d’atteindre ces objectifs tout en respectant les critères de sécurité médicale.   Pédiatrie Pratique – Quelles sont les principales différences dans le fonctionnement d’une maternité IHAB et d’une maternité « classique » ? B. Mestdagh – Dans les maternités classiques souvent les soins sont organisés pour faciliter le travail du soignant. Avec IHAB, on ne demande pas aux équipes de travailler plus, mais de réorganiser les soins en les centrant sur l’enfant et sa famille. Par exemple dans notre maternité, la puéricultrice faisait les tests de Guthrie en salle de soins car le matériel y était directement accessible. Avec la démarche IHAB, les tests sont maintenant réalisés dans les chambres pour éviter la séparation d’avec les parents, le matériel nécessaire étant disponible sur un chariot. Il en va de même pour tous les soins et, si on dresse un bilan, la puéricultrice n’est pas moins rentable que dans sa pratique antérieure, elle travaille différemment. Un autre exemple concerne la prise en charge du nouveau-né à la naissance : il a fallu mener une réflexion pluridisciplinaire afin de changer nos pratiques et de permettre au bébé d’être en peau-à-peau sur sa maman dès la naissance et de manière prolongée même si l’accouchement se fait par césarienne, tout cela en maintenant un niveau de sécurité optimal.   Pédiatrie Pratique – Pensez-vous que le choix de s’impliquer dans ce label concerne le chef de service et les cadres dirigeants ou faut-il impliquer l’ensemble de l’équipe ? B. Mestdagh – En général, le projet est porté par un petit groupe de personnes motivées. On a cependant toujours besoin de l’équipe managériale : les cadres, les responsables du pôle et le directeur. L’adhésion de ce dernier est d’ailleurs obligatoire car la démarche nécessite un engagement financier, ne serait-ce que pour la formation. Mais l’implication de la direction ne suffit pas, il faut aussi que la base soit motivée à mettre ce programme en place. Il y a toujours des résistances, et la formation de l’équipe, l’un des piliers de la démarche, permet de les vaincre et favorise ainsi l’adhésion au programme.   Pédiatrie Pratique – Quels sont les éléments les plus difficiles dans le changement des habitudes pour les équipes soignantes ? B. Mestdagh – D’une équipe à l’autre les difficultés ne sont pas identiques, et même d’un service à l’autre au sein d’un établissement. Pour avoir le label, l’équipe doit valider les critères de 12 recommandations et adhérer aux trois principes. En début de démarche, on conseille à l’équipe de faire une première autoévaluation pour connaître ses points forts et pour mettre en place un copil (comité de pilotage) et des groupes de travail sur les points difficiles. Au cours de la démarche, il peut y avoir des résistances aux changement – c’est normal — et la formation, obligatoire pour tout le personnel, aide le projet à avancer. À Jeanne de Flandre, nous avions par exemple l’habitude de prendre les bébés en nurserie la nuit pour que la maman puisse se reposer. La démarche IHAB nous a permis de réaliser qu’éviter cette séparation, tout en restant disponible si nécessaire, aidait les parents à prendre confiance en eux et à gagner en autonomie, ce qui facilite le retour à domicile.   Pédiatrie Pratique – Diriez-vous que c’est « l’atmosphère » du service qui est modifié par l’adoption du label ? B. Mestdagh – Oui, l’atmosphère change parce que la labellisation crée du lien dans l’équipe. Je ne connais pas une autre démarche qui implique l’ensemble des professionnels : cela va des secrétaires au chef de pôle, en passant par toute l’équipe soignante et le directeur de l’établissement, c’est pour cela que ce projet est très fédérateur. Et puisqu’il s’agit d’un label qualité, les équipes en tirent une certaine fierté et y trouvent une reconnaissance de leur travail. Dans mon hôpital, les obstétriciens n’étaient pas toujours partie prenante au départ, et maintenant ils sont souvent les premiers à parler du label IHAB.   Pédiatrie Pratique – Une fois mis en place, la labellisation IHAB est-elle encore vécue comme une contrainte par les professionnels de santé ? B. Mestdagh – Je suis persuadée que si vous demandiez aux équipes IHAB si elles veulent revenir à leur pratique antérieure, la réponse serait unanimement négative. Il y a une exigence de se maintenir à une certaine qualité de soins et des évaluations sont régulièrement pratiquées. Mais même si une maternité perdait son label pour une raison ou une autre, je ne pense pas qu’elle reviendrait à sa pratique antérieure : c’est un progrès pour toujours.   Pédiatrie Pratique – Quelle est la fréquence des réévaluations ? B. Mestdagh – Elles ont lieu tous les 4 ans.   Pédiatrie Pratique – La labellisation est-elle plus compliquée pour un service de néonatologie que pour une maternité ? B. Mestdagh – Non, les difficultés ne sont pas les mêmes, c’est tout. Chez nous, la néonatologie a dû travailler afin d’harmoniser les soins entre ses différentes unités. En revanche, les soignants étaient déjà convaincus de l’importance du lait maternel et promouvoir l’allaitement n’était pas un problème. Cela était moins évident pour l’équipe de maternité qui trouvait initialement que la démarche avait un côté sectaire au regard de l ’allaitement maternel et s’inquiétait du respect du choix des mères. Ainsi, pour chaque équipe, il y a des choses plus faciles, d’autres moins, et obtenir le label est un défi pour tout le monde !   Pédiatrie Pratique – En moyenne combien de temps une maternité met-elle à obtenir le label IHAB ? B. Mestdagh – Cela est très variable d’un établissement à l’autre. Une fois le contact pris avec IHAB, il faut au moins un an afin de programmer l’évaluation. L’équipe qui souhaite être évaluée doit, entre autres, fournir des statistiques sur une période d’au moins 2 années complètes, avoir 80 % du personnel formé, répondre aux différents critères des 12 recommandations et rédiger différents protocoles : il faut donc en pratique plus d’une année pour répondre à toutes ces exigences, mais rien sur le papier n’y oblige.   Pédiatrie Pratique – Pensez-vous que l’IHAB est connu par les pédiatres ? B. Mestdagh – Plus par les pédiatres de néonatologie, en particulier dans les régions où il y a des maternités labellisées, comme c’est le cas dans ma région où elles le sont pratiquement toutes. Je ne saurais pas dire si c’est le cas dans les maternités parisiennes. En revanche, les pédiatres libéraux se sentent sans doute moins concernés parce que ce label n’est pas décerné en ville ou aux PMI.   Pédiatrie Pratique – Que diriez-vous à vos confrères qui travaillent dans une maternité non labellisée pour les inciter à entreprendre cette démarche ? B. Mestdagh – Notre métier est très enrichissant, tout ce que nous donnons nous le recevons en retour. Depuis que nous sommes labellisés IHAB, j’ai l’impression que cela est encore plus vrai, ce label donne plus de sens à notre travail. Propos recueillis par G. Lambert (fin octobre-début novembre)

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