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Vaccinologie

Publié le 30 mar 2022Lecture 7 min

Vaccination des adolescents : les enjeux après la crise de la Covid

Denise CARO, Boulogne-Billancourt

Quelles conséquences a eu, ou aura, la pandémie d’infections SARS-CoV2 que nous subissons depuis deux ans, sur la vaccination des enfants et des adolescents ? Outre les retards pour les vaccins prévus au calendrier vaccinal qu’elle a suscités et qu’il va falloir compenser, on peut se demander si elle a modifié la perception qu’a le public des vaccins ? Le médecin généraliste et le pédiatre ont un rôle essentiel à jouer dans le rattrapage vaccinal chez l’adolescent, cela tout particulièrement concernant la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV). C’est à ces questions que les Dr Marie-Aliette Dommergues (pédiatre, hôpital de Versailles-Le Chesnay), Dr François Vié Le Sage (pédiatre à Aix-les-Bains) et Dr Rodolphe Chastel (médecin généraliste à Lyon) ont répondu lors d’une émission en direct sur internet réalisée en partenariat avec MSD.

La crise de la Covid est riche d’enseignements à bien des égards. Elle a suscité des mesures inédites de confinement et d’hygiène qui ont eu des répercussions sur les consultations médicales et sur le suivi des patients. Elle a donné lieu à des campagnes de vaccinations, elles-aussi tout à fait exceptionnelles, qu’il est intéressant d’analyser. « Après un début difficile, la France se situe parmi les pays qui ont le plus fort taux de vaccinations, avec, cependant, des variations selon les tranches d’âge(1), a rappelé le Dr François Vié Le Sage. Les personnes qui ont reçu une première dose ont quasiment toutes eu la seconde injection. » Début février 2022, plus de 90 % des sujets éligibles (exceptés les enfants) avaient été vaccinés. Paradoxalement, ce sont les plus fragiles (les plus de 80 ans), les moins vaccinés. En revanche, jusqu’à présent les doses de rappel ont remporté un succès plus mitigé avec des écarts importants entre les tranches d’âge : 73 % de 3e dose chez les plus de 80 ans, 89 % chez les 70-79 ans, environ 80 % chez les 50-69 ans, 55 % chez les 18-39 ans et à peine 10 % chez les adolescents. Il est vrai que la vaccination chez ces derniers a commencé en juin 2021 et que la dose de rappel a été recommandée seulement fin janvier 2022. En revanche, la vaccination des 5-11 ans, débutée en décembre 2021, a eu fort peu de succès jusqu’à présent (4 % de 1re injection et 2,5 % de 2e)(2). La France diffère d’autres pays européens, avec une bonne couverture vaccinale des adolescents (82 % en France vs 60 % en Allemagne) et un vrai retard chez l’enfant (4 % en France, 52 % en Espagne, 30 % aux États-Unis et 16 % en Allemagne).   Le bénéfice du vaccin Covid chez les jeunes Ceci conduit à s’interroger sur le risque encouru par les enfants face à l’infection SARS-CoV2. D’après des données de Santé Publique France, les enfants de 0-9 ans sont plus souvent hospitalisés que les 10-19 ans et plus souvent admis en soins critiques(3). Il est vrai que l’on a tendance à hospitaliser plus facilement les tout-petits. En réalité, en dehors du syndrome inflammatoire multisystémique (PIMS) rare et non lié à une comorbidité, la majorité des formes aiguës sévères de la Covid survient chez des enfants atteints d’affections neurologiques, respiratoires, d’asthme, de pathologie cardiaque, de maladies congénitales, d’obésité, de déficits immunitaires, de diabète, de drépanocytose, ou nés prématurés(4). Outre le bénéfice pour la collectivité d’une couverture large de la population, il y a donc un bénéfice individuel à vacciner les enfants avec des comorbidités. Concernant les adolescents, la vaccination permet de diminuer l’absentéisme scolaire et de maintenir une vie sociale, affective et sportive, ce qui est très important à cet âge ; elle évite une éventuelle décompensation psychologique, tentative de suicide ou un décrochage scolaire. Enfin, bien des adolescents disent s’être fait vacciner pour protéger leur entourage, en particulier leurs grands-parents. Un retard dans la vaccination de routine Il importe de s’interroger sur les conséquences de la pandémie de Covid sur le calendrier vaccinal. Les données EPI-PHARE renseignent sur l’usage des médicaments (donc des vaccins), de mars à fin novembre 2020 et de fin novembre 2020 à fin avril 2021. On note une chute très importante des délivrances de vaccins HPV pendant le confinement, avec un rattrapage post-confinement insuffisant pour combler le retard. Le différentiel entre le nombre attendu de vaccins et celui délivré est de moins 274 000 doses pour la première période et de moins 103 000 doses pour la seconde. Le même constat est fait pour les vaccins antitétaniques (hors nourrissons) faits à 6 ans, 11 ans et chez l’adulte, avec un déficit de 726 000 doses en 2020 et de 226 000 doses les 4 premiers mois de 2021(5,6). « Le retard à rattraper est donc important, notamment chez l’adolescent. Il faut profiter de toutes les consultations pour faire un point et mettre à jour les vaccins prévus au calendrier vaccinal, a indiqué le Dr Marie-Aliette Dommergues. La crise de la Covid est venue contrarier la tendance favorable observée depuis l’extension des obligations vaccinales chez le nourrisson (vaccin pentavalent), élargissement qui a eu un effet positif sur les vaccins non obligatoires. » En effet, il y a eu 40,7 % de 1re dose du vaccin HPV chez les jeunes filles nées en 2005 contre 34,9 % chez celles nées en 2004 (+ 5,8 points). On a également observé une augmentation des rattrapages pour le vaccin contre méningocoque C chez les personnes qui n'avaient pas été vaccinées avant l’âge de 1 an, cela pour toutes les tranches d’âge au-delà de 2 ans(7). Un retard a également été noté pour les vaccins antitétaniques (hors nourrissons), et le rattrapage a été insuffisant, ce qui conduit à un retard de près de 900 000 doses. Actuellement, la couverture vaccinale contre l’HPV reste faible, avec 40,7 % de première dose à 15 ans et 32,7 % de schéma complet à 16 ans. Le sud de la France semble moins vacciné que le nord et les départements d’outre-mer (DOM) accusent un vrai retard(7). Informer pour convaincre Si les Français sont globalement favorables à la vaccination en général, un travail d’information reste à faire pour certains vaccins comme la grippe et l’HPV. D’après une enquête réalisée auprès des 18-75 ans résidant en France métropolitaine en 2020, 80 % des personnes interrogées étaient favorables ou plutôt favorables à la vaccination en général (6 % de plus qu’en 2019). La confiance reste importante après la crise de la Covid. Les vaccins vis-à-vis desquels les Français sont le plus réservés sont, en premier lieu la grippe, en second l’hépatite B et en 3e position le vaccin HPV (3 à 4 % d’avis défavorables)(7). D’une façon générale, les Européens sont convaincus de l’importance des vaccins ; ils les pensent sûrs et efficaces et, là encore, les vaccins de la grippe et de l’HPV sont les moins plébiscités, tout en restant importants pour la majorité des personnes. En effet, 90 % des Portugais, 85 % des Espagnols et 70 % des Français sont favorables à la vaccination HPV(8). « Nous avons un gros travail de rattrapage à faire, a confirmé le Dr Rodolphe Chastel. Chaque consultation doit être prétexte à informer et à vacciner tous nos patients. » Depuis janvier 2021, la vaccination HPV est recommandée et remboursée à l’ensemble des adolescents, filles et garçons, jusqu’à 19 ans révolus. Mais on peut vacciner les garçons jusqu’à 26 ans avec un remboursement puisque les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes rentrent dans l’indication de la vaccination jusqu’à cet âge. Commencé après 14 ans révolus (15 ans), le schéma vaccinal est de 3 doses (2 doses espacées de 2 mois et un rappel 4 à 6 mois plus tard) ; si on commence la vaccination avant 15 ans un schéma à 2 doses est suffisant, cela même si la 2e dose est faite en retard. Le rôle des médecins généralistes dans le rattrapage vaccinal est essentiel. « Le rendez-vous des vaccinations des adolescents se prépare dès l’âge de 6 ans, a estimé le Dr Rodolphe Chastel. À 6 ans, on informe sur l’utilité de la vaccination HPV ; à 12 ans (entre 11 et 14 ans), on vaccine. Entretemps les parents peuvent se renseigner et poser des questions. Le rendez-vous pour les vaccins DTCaP et HPV est le plus important pour l’avenir de l’adolescent avant sa majorité civile (les rappels de 25 ans) ». Conséquences à long terme du retard de la vaccination HPV Aux États-Unis, une modélisation mathématique a permis d’établir différents scénarios des conséquences dans les 100 prochaines années du retard de la vaccination HPV dû à la pandémie de SARS-CoV2, selon la vitesse du rattrapage. Ainsi, on estime qu’il y aura 130 000 à 215 000 verrues génitales et 48 00 à 110 000 lésions cervicales de haut grade supplémentaires dues au retard de la vaccination HPV(9). En effet, l’HPV est responsable de plusieurs cancers. En l’absence de vaccination, la contamination par HPV est quasi obligatoire. La vaccination HPV est la deuxième capable de prévenir des cancers (la première est celle contre l’hépatite B). Pratiquée avant l’âge de 17 ans, elle est efficace à plus de 90 % ; au-delà de cet âge, il reste très utile (associé à un dépistage régulier).

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