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COVID-19

26 mar 2021

Une inquiétante augmentation des suicides

Entretien avec Richard DELORME, hôpital Robert Debré, Paris - Propos recueillis début mars 2021 par Gérard LAMBERT, Paris

À l’hôpital Robert Debré (Paris), le nombre de suicides et tentatives de suicide augmente depuis plusieurs mois chez les 8-15 ans. Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie de cet hôpital, répond à 3 questions.

Pédiatrie Pratique – Dès novembre 2019, vous avez alerté sur l’augmentation du nombre de suicides chez les enfants et les adolescents dans un contexte de crise sanitaire. Cette tendance s’est-elle confirmée ? Richard DELORME – Les derniers chiffres dont je dispose pour l’hôpital Robert-Debré sont ceux de janvier et nous avions encore 100 % d’augmentation. Ce taux était également de 100 % en septembre et octobre, de 80 % en novembre et de 200 % en décembre. Nous avons comparé les données récentes avec celles collectées depuis 10 ans. Le premier constat est que depuis une décennie ces chiffres augmentent d’environ 20 % par an et ce dans l’ensemble des pays industrialisés. Cet accroissement régulier répond parfaitement à un modèle statistique que nous avons élaboré et qui prend en compte la saisonnalité, mais en 2020 on constate une rupture franche avec une nette baisse lors du premier confinement puis une explosion des cas depuis juillet-août. Ce travail a été soumis pour publication à la revue Pediatrics. Pédiatrie Pratique – Quelle est la tranche d’âge la plus touchée ? R. DELORME – Étonnemment, les enfants de 8 à 15 ans qui, le plus souvent, n’ont jamais consulté auparavant. Ils font des tentatives de suicide avec ce qu’ils ont sous la main, notamment les médicaments de l’armoire à pharmacie familiale avec du paracétamol, des antidiabétiques ou antihypertenseurs, etc. qui ont des conséquences graves. Nous voyons également des actes très violents comme des pendaisons, des défenestrations, des têtes dans des sacs, etc. Il existe chez les plus jeunes un débat sur l’identification du suicide, mais même s’il s’agissait d’accidents domestiques, alors leur augmentation serait aussi inquiétante. Il faut souligner l’absence de données de santé publique sur ces questions. Bien sûr le suicide est rare à cet âge, mais il est plus fréquent que le cancer ou la mucoviscidose dont on parle beaucoup. Longtemps, il a été admis que l’autonomie réflexive de l’enfant débutait à partir de l’adolescence et qu’ils vivaient dans une bienveillance heureuse dont leurs parents étaient garants. Et, difficulté supplémentaire, il existe souvent une dissociation entre la gravité du geste et l’intention suicidaire relativement vague. Pédiatrie Pratique – Quelles mesures de dépistage et de prévention sont envisageables face à cette situation ? R. DELORME – La première est de mieux prendre en compte les inquiétudes des enfants. Ils ont été trop oubliés au cours du premier confinement. La prévention passe d’abord par la nécessité d’aborder avec eux de façons simples ce qu’ils ressentent, ce qu’ils percoivent de la crise. On pourrait s’inspirer des grands programmes de prévention qui ont été mis en place en Australie avec un accompagnement à la parentalité, mais aussi des cours sur les émotions assez tôt dans l’enfance afin que les jeunes identifient mieux leurs mouvements émotionnels, qu’ils puissent en parler, sortir de leur isolement et consulter si nécessaire. Toutes les générations souffrent avec la crise sanitaire, mais il y a sans doute une spécificité du jeune âge, les études pointant les 8-12 ans comme les populations les plus fragiles actuellement, alors que chez l’adulte, on constate plutôt une baisse de 30 % des suicides. Aux États-Unis, 50 % des parents interrogés ont le sentiment d’avoir négligé leurs enfants pendant le confinement, notamment en raison du télétravail ou de l’inquiétude qu’ils avaient eux-mêmes pour gérer la crise.

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