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ORL et Stomatologie

14 sep 2011

Le ventre aussi gros que les oreilles !

Dr Alain Londero
Chez l’enfant, la corrélation entre otite séro-muqueuse chronique (OSM) et obésité est connue. Le lien de causalité généralement admis est que les modifications morphologiques et physiologiques liées au surpoids pourraient favoriser les troubles ventilatoires tubaires et altérer les défenses immunitaires. Mais une étude prospective coréenne récemment publiée est en faveur d’un lien de causalité inverse. Ce serait l’OSM qui serait à l’origine de l’obésité.
Cette étude prospective a porté sur 42 enfants, âgés de 3 à 7 ans, porteurs d’OSM nécessitant la pose d’aérateurs transtympaniques (ATT) comparés à 42 enfants témoins indemnes de toute pathologie otologique. Les résultats indiquent que les enfants présentant une OSM ont un indice de masse corporelle (IMC) significativement supérieur aux enfants témoins, confirmant ainsi le lien entre OSM et surpoids. Les tests d’électrogustométrie effectués avant la pose d’ATT ont montré une différence significative des seuils à la partie antérieure et latérale de la langue dépendant de l’innervation assurée par le nerf facial (VII) par le biais de la chorde du tympan. A contrario, les seuils de détection pour la partie postérieure de langue, dont l’innervation est essentiellement assurée par les branches du nerf grand hypoglosse (IX) étaient identiques dans les deux groupes. En ce qui concerne la détection des différentes saveurs, les goûts « sucré » et « salé » étaient significativement moins bien perçus par les enfants présentant une OSM alors que les goûts « amer » et « acide » étaient reconnus de façon identique dans les deux groupes. L’explication physiopathologique proposée par les auteurs serait que l’inflammation chronique liée à l’OSM pourrait induire une altération de la fonction de la chorde du tympan qui chemine sans protection dans la caisse tympanique. Cette inflammation entraînerait un trouble spécifique dans la détection des goûts « sucré » et « salé » qui seraient moins bien perçus. Cela favoriserait des prises alimentaires plus importantes pour obtenir un sentiment de satiété postprandial, d’où le risque majoré d’obésité. Les problèmes de surpoids, en particulier dans la population pédiatrique, sont en augmentation si importante qu’ils sont considérés par les agences de santé internationales comme une véritable « grande épidémie mondiale » du XXIe siècle. Même si les résultats de cette étude sont préliminaires, en tenant compte du fait qu’un enfant de 6 ans obèse a 25 % de chance de le rester à l’âge adulte (et même 75 % de chance s’il l’est à 12 ans !), ce travail laisse augurer de la possibilité de minorer ce risque par la prise en charge précoce des OSM. Si cette affirmation était confortée par des études épidémiologiques de grande échelle ad hoc, peut-être aurons-nous une nouvelle indication… de poids, à la pose d’aérateurs transtympaniques !

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