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Allergologie - Immunologie

27 sep 2011

La noix de cajou : un allergène d’actualité

G. DUTAU, Toulouse
La noix de cajou est devenue un allergène alimentaire important comme en atteste les différentes séries épidémiologiques. Il peut mettre en danger la vie des enfants. Le diagnostic peut présenter des difficultés en raison de la possibilité d’allergies associées (arachides) et d’allergies croisées (pistache).
La noix de cajou ou anacarde, ou noix d’acajou ou d’anacarde (cashew nut), est le fruit de l’anacardier (Anacardium occidentale), un arbre originaire du Nord-Est du Brésil et des Caraïbes, cultivé aussi dans d’autres zones tropicales (Afrique, Indes, Madagascar, Réunion) (1). Il produit un akène ou fruit sec à une seule graine qui ne s’ouvre pas à maturité. Le fruit se développe à l’extrémité d’un pédicule juteux ou faux-fruit (pomme de cajou), également comestible (2). La coque de la noix de cajou est composée de deux coquilles : l’une extérieure (fine) de couleur verte, l'autre interne (dure) de couleur brune et dure, séparées par une cavité qui contient un liquide résineux caustique constitué d'acide anacardique (90 %) et de cardol (10 %). Cette substance est responsable de dermites de contact et parfois de symptômes plus sévères (éruption rouge et violacée des régions génitales, des fesses, de la face interne des cuisses) ou « syndrome du babouina » . Lorsqu’elles sont mûres, les noix tombent sur le sol où elles sont ramassées. On trouve de la noix de cajou dans les assortiments de fruits secsb , les gâteaux, les glaces, des apéritifs, les plats sautés, les chutneys, le curry, le muesli, le riz pilaf, etc.c. La noix de cajou est riche en vitamines (en particulier B1, B2, B6, E et K), en acides gras mono-insaturés et phytostérols.   Des données épidémiologiques encore éparses, mais robustes… On estime que 0,08 % des enfants britanniques âgés de 4 ans sont allergiques à la noix de cajou (3). Maintenant, si l’on prend la population ciblée des allergiques à l’arachide, on s’aperçoit que 40 % parmi 142 enfants français allergiques à l’arachide sont également sensibilisés à la noix de cajou : il s’agit davantage de sensibilisations ou d’allergies associées que de réactions croisées (4). Il existe donc probablement plusieurs populations d’allergiques à la noix de cajou, les uns atteints d’allergie alimentaire isolée, les autres également allergiques à l’arachide, d’autres enfin étant allergiques à d’autres Anacardiacées, en particulier la pistache. De nombreux enfants allergiques à l’arachide le sont aujourd’hui aussi à la noix de cajou… I.L. De Silva et coll. (5), dans une étude rétrospective de 5 ans portant sur 117 patients ayant développé une anaphylaxie (un décès), âgés en moyenne de 2,4 ans, ont montré que les deux principales causes étaient l’arachide (18 %) et la noix de cajou (13 %). Les symptômes respiratoires étaient présents dans 97 % des cas. Si les premiers signes sont survenus en 10 minutes en moyenne, les premiers soins n’ont été délivrés qu’au bout de 40 minutes (5). La noix de cajou est devenue en peu de temps un allergène alimentaire très important. Entre 1997 et 2007, la prévalence des allergies aux fruits à coque a augmenté chez les enfants et les adolescents jusqu’à 18 ans : 0,2 % (1997), 0,5 % (2002) et 1,1 % (2007), soit une multiplication par 5,5 (6).   Anacardiers Dans le même temps, la prévalence de l’allergie à l’arachide qui était de 0,4 % (en 1997) passait à 0,8 % (en 2002), puis à 1,4 % (en 2007), donc multipliée par 3,5 en 11 ans(6). En revanche, pendant cette période, il n’y a pas eu d’augmentation de la fréquence de ces allergies chez les adultes.   Des symptômes allergiques très sévères Les symptômes de l’allergie alimentaire (AA) à la noix de cajou sont au moins aussi sévères que ceux de l’AA à l’arachide. C’est ce qui ressort d’une étude de A.T. Clark et coll. (7) qui ont comparé les symptômes de 47 enfants ayant une AA à la noix de cajou et ceux de 94 enfants appariés atteints d’AA à l’arachide. Les données démographiques et les symptômes étaient comparables dans les deux groupes, sauf pour l’asthme qui était plus fréquent dans le groupe « arachide » (65 %) que dans le groupe « cajou » (40 %). Constat principal, les symptômes respiratoires (wheezing) et cardiovasculaires étaient plus fréquents dans le groupe « cajou » que dans le groupe « arachide » : OR = 8,4 (IC 95 % : 3,2-22,0) et OR = 13,6 (IC 95 % : 5,6-32,8) respectivement (7). De plus, les enfants du groupe « cajou » reçurent plus souvent de l’adrénaline IM (OR = 13,3 (IC 95 % : 5,5-32,2). Enfin, globalement, le pourcentage de réactions graves (dyspnée sévère et/ou collapsus) fut significativement plus fréquent dans le groupe « cajou » : OR = 25,1 (IC 95 % : 3,1-203,5) (7). F. Rancé et coll. (8) ont rapporté l’une des séries les plus importantes d’AA isolée à la noix de cajou. Elle porte sur 42 cas (11 filles et 31 garçons), âgés en moyenne de 2,7 ans (1 an et demi à 11 ans). Au premier épisode allergique, les symptômes étaient cutanés (56 %), respiratoires (25 %) et digestifs (17 %). Contrairement à l’étude précédente, il n’y avait pas de choc anaphylactique(8). Dix-huit enfants avaient une AA à la pistache (7 fois), l’oeuf (5 fois), la moutarde (3 fois), la crevette (2 fois) et le lait de vache (1 fois). Le diamètre moyen de l’induration des pricktests avec la noix de cajou fraîche était de 7 mm (3 à 16 mm). La valeur moyenne du CAP Rast® était de 3,1 kUA/l (< 0,35 à > 1 000 kUA/l).   Pomme de cajou Les tests de provocation par voie orale ne furent effectués que chez 8 patients, l’histoire clinique étant évocatrice pour tous les autres (8). Dans l’étude de JO. Hourihane et coll. (9) sur 29 patients (enfants et adultes) âgés de 1 à 30 ans (moyenne 7,5 ans), 48 % réagissaient à des doses très faibles (inhalation, contact, le fait de goûter) ; 14 patients (4 %) réagissaient à la première exposition. Les symptômes étaient au moins égaux à ceux de l’allergie à l’arachide (9). L’allergie à la noix de cajou pourrait être la cause de décès : 2 des 6 patients de H.A. Sampson décédés d’anaphylaxie alimentaires avaient consommé de la noix de cajou, l’un dans un sandwich, l’autre dans des friandises (10). À noter que les allergiques au pollen de cajou ont un risque élévé de développer une AA à la noix de cajou. Les allergènes de la noix de cajou On a d’abord isolé un allergène majeur (Ana o 1) qui est une protéine (vicilline) de 50 kDa qui ne présente pas d’épitopes communs avec Ara h 1 de l’arachide (12). Une revue récente montre que les allergènes majeurs de la noix de cajou sont des protéines de réserve qui se concentrent dans les corps protéiques de la graine : Ano o 1 (vicilline) et Ano o 2 (légumine) de la famille des cupinesd , ainsi que Ano o 3 (albumine 2S) (12). Ces allergènes résistent très bien au chauffage (rôtissage) et à l’action des protéases (pepsine, trypsine). Il existe des réactions croisées importantes entre la noix de cajou et la pistache, toutes deux de la famille des Anacardiacées. On trouve des épitopes B liant les IgE sur la surface de la pistache et des homologies de séquence plus ou moins importantes. Ces réactions croisées cajou-pistache se font avec les allergènes homologues de la pistache : Pis v 1, Pis v 2 et Pis v 3 (12). Néanmoins, pour l’instant, la réactivité croisée entre cupines d’origine différente est loin d’être démontrée ce qui nécessite de la prudence dans l’élaboration des régimes d’éviction (12) : se baser sur la clinique et les tests de provocation. Il existe des réactions croisées importantes entre la noix de cajou et la pistache. Quelques réactions croisées ont été observées avec d’autres fruits à coque, en particulier l’amande (rosacée) et la noisette (fagacée). Elles sont peu fréquentes avec l’arachide (légumineuse) (12).   Conclusion La noix de cajou est désormais un allergène alimentaire important. Elle provoque des symptômes souvent sévères, autant sinon plus que ceux induits par l’arachide, pouvant mettre la vie en danger. Les réactions de sensibilisation et l’allergie croisée avec la pistache sont particulières à l’allergie à la noix de cajou, toutes deux appartenant à la famille des Anacardiacées. Il faut placer cet allergène alimentaire sous surveillance.   a. Parmi les substances répertoriées comme pouvant induire ce syndrome, on peut noter des structures aussi différentes que : la phénoxyméthylpénicilline, l'ampicilline, la cimétidine, l'hydroxyurée, la pseudoéphédrine, l'aminophylline, le nickel, le mercure et l'héparine (Schmutz JL et al. Syndrome du babouin : des nouvelles de l’arrière. Ann Dermatol Vénéréol 2001 ; 128(12) : 1378). b. Le simple contact de la noix de cajou avec un autre fruit sec peut le contaminer et provoquer des symptômes chez les individus « hypersensibles » rendant le diagnostic difficile. c. http://www.passeportsante.net/fr/Nutrition/EncyclopedieAliments/Fiche.aspx?doc=noix_cajou_nu d. Les protéines à motif cupine sont des protéines de réserve des graines. On distingue les globulines 7S (vicillines) et les protéines 11S (légumines). Les légumines et vicillines sont fréquemment des allergènes majeurs des fruits à coque et des graines, en particulier Ara h 1 et Ara h 3 pour l’arachide (Rougé P et al. Les protéines à motif cupine : allergènes majeurs des graines. Rev Fr Allergol 2011 ; 51 : 36-40).  

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