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Editorial

13 nov 2020

L’orchidée et le pissenlit...

Bertrand CHEVALLIER, Rédacteur en chef de Pédiatrie Pratique

Les premières années de vie ont une incidence sur la santé, les réalisations et le bien-être de chaque individu tout au long de la vie. Certains enfants sont particulièrement sensibles à leur environnement. Comme l’orchidée, ils ne « poussent » pas n’importe où et pas n’importe comment. À l’inverse, les enfants « pissenlis » sont moins perméables aux circonstances de la vie et ont donc une résistance qui leur permet de s’adapter plus facilement aux différentes situations. Comment expliquer ces différences ?

Comment se fait-il que, dans une même fratrie, certains vivent une jeunesse simple et plutôt agréable, sont plus résistants physiquement, tandis que d’autres sont davantage sujets aux maladies et jonglent plus aisément entre frustration et désespoir ? Existe-t-il des chemins prédéfinis qui déterminent leur avenir ou leur bonheur ? Dans son livre, paru en août 2020 dans sa version française, L’Orchidée et le Pissenlit, Thomas Boyce, pédiatre et épidémiologique américain, raconte la quête qui l’a conduit, quarante années durant, dans l’intimité́ des familles. Son but : comprendre pourquoi les enfants sont si différents et comment les accompagner au mieux selon leur sensibilité́. Il donne en particulier un éclairage nouveau à ce que l’on identifie souvent et de manière simpliste comme l’enfant hypersensible, loin de la connotation négative de cet adjectif qui reste collé à l’enfant tout au long de son parcours social et scolaire. Aujourd’hui, l’hypersensibilité́ fait l’objet de recherches scientifiques. Selon une étude parue dans Nature en 2018, un tiers de la population adulte serait concerné́, selon une grille diagnostique proposée par la psychologue américaine Elaine Arron à la fin des années 1990. Certaines études longitudinales semblent également indiquer que l’hypersensibilité́ serait un trait fréquent chez l’enfant jusqu’à l’âge de 7 ans et seule une minorité́ d’entre eux conserverait un profil caractéristique dominé par une hyperémotivité́, des troubles de l’humeur qui peuvent amener à consulter un thérapeute. Cette sensibilité́ persistante au-delà̀ de l’enfance pourrait reposer sur un facteur génétique : une forme particulière du gène CHRM2 serait présente chez certains enfants « orchidées ». Ce gène est connu pour être impliqué dans les addictions, les comportements à risque mais également dans les perturbations cognitives et la dépression. Ainsi, les enfants et adolescents possédant cette variante du gène CHRM2 présentent ce risque, mais uniquement dans le cas où ils grandissent dans un milieu difficile. Cependant à la lumière des études les plus récentes, ce n’est pas la fragilité́ qui domine chez l’hypersensible mais bien au contraire, au-delà des difficultés, une sensibilité́ certes accrue mais qui permet de s’épanouir. Un livre à lire en cette période troublée.

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