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Allergologie - Immunologie

06 oct 2016

L’arachide : une légumineuse qui cache la forêt ?

G. BENOIST, Pédiatrie générale et HDJ de pneumo-allergologie, hôpital Ambroise-Paré, Boulogne-Billancourt

Simon, 8 ans, est amené en consultation pour une suspicion d’allergie à l’arachide.

Observation   Un diagnostic apparemment simple Souvent enrhumé selon sa famille, il n’a alors pas d’asthme connu. On note comme antécédent un eczéma du nourrisson. Au début du mois de mars, il consomme quelques cacahuètes lors d’un apéritif chez ses grands-parents à la campagne. Les parents ne se souviennent pas s’il en a déjà mangé, mais savent que les noisettes crues provoquent chez lui une « gêne » au niveau du palais, tandis que la pâte à tartiner aux noisettes ne déclenche pas de symptômes. Moins de 20 minutes plus tard, alors qu’il joue au football avec ses cousins, il s’arrête brutalement, pris d’une sensation de malaise avec des difficultés respiratoires. Après deux bouffées de salbutamol et la prise d’un antihistaminique, ces signes régressent. Le premier médecin consulté évoque une allergie à l’arachide devant la compatibilité du tableau clinique : signes respiratoires et malaise dans l’heure suivant la prise de l’aliment, allergie associée à un fruit à coque (prurit pharyngé à l’ingestion de noisette), réponse au traitement antiallergique. Le bilan allergologique renforce sa conviction diagnostique: prick-tests positifs pour arachide (3 mm) et noisette crue (3 mm) pour un témoin positif à 3 mm, IgE spécifiques arachide à 8 kU/l et noisette à 7 kU/l (n < 0,10) pour des IgE totales à 65 kU/l. Il est donc préconisé à Simon d’exclure l’arachide et la noisette crue de son alimentation, et d’avoir toujours avec lui un stylo d’adrénaline pour une injection intramusculaire en cas d’anaphylaxie.   Et si ce n’était pas alimentaire ? De nouveau chez ses grandsparents, environ 1 mois plus tard, alors qu’il court dans les bois, Simon présente rapidement une rhinoconjonctivite associée à une dyspnée expiratoire. L’administra tion de salbutamol et d’un antihistaminique oral permet de contrôler rapidement les symptômes. Cette fois, aucune prise alimentaire suspecte n’a précédé les signes. En reprenant l’ensemble du dossier, nous retrouvons un même lieu d’exposition et la prédominance de signes ORL et respiratoires aux mois de mars et avril. Notre enquête s’oriente vers la recherche d’une allergie au pollen de bouleau. Les résultats du complément de bilan sont les suivants : – dosage des allergènes recombinants de l’arachide : rAra h1 < 0,10 kU/l, rAra h2 < 0,10 kU/l, rAra h3 < 0,10 kU/l, rAra h8 = 7,6 KU/l ; – dosage des IgE bouleau = 34 kU/l et de l’allergène recombinant majeur du bouleau rBet v1 = 16,5 kU/l (n < 0,10). Le diagnostic retenu est une allergie au pollen de bouleau avec une allergie alimentaire croisée à la noisette et une simple sensibilisation à l’arachide.   Discussion   Intérêt de l’allergologie moléculaire Aucun aliment ne représente un seul et unique allergène. À travers les allergènes recombinants, la biologie moléculaire a permis d’améliorer la prise en charge diagnostique en cas de réactivités croisées entre sources allergéniques (s’expliquant par des similitudes de 2 épitopes présents sur 2 molécules antigéniques différentes, qui réagissent alors avec le même anticorps). La protéine allergique, une fois produite par génie génétique, est nommée ainsi : « r » pour recombinante, trois premières lettres du genre (ex. : Ara pour Arachis), première lettre d’espèce (ex. : h pour hypogaea) et enfin un chiffre correspondant à son ordre d’enregistrement (1/2/etc.). L’arachide est une légumineuse appartenant au genre des Fabacées, souvent incluse (à tort) dans la famille des fruits à coque, même si des réactions croisées existent entre ces familles. Les allergènes majeurs appartiennent à des familles de protéines de stockage : Ara h1 (cupines), Ara h2 (prolamines type albumines 2S), Ara h3 (légumines), alors que Ara h8 fait partie de la famille des PR10 (protéines de défense végétale) au même titre que Bet v1, présente dans les pollens d’arbres du groupe des Fagales (bouleau, noisetier, aulne, etc.). Dans notre cas clinique, la monosensibilisation à Ara h8 est le témoin d’une simple réactivité croisée dans un contexte d’allergie au pollen de bouleau (expliquant la positivité du prick-test, ainsi que des IgE spécifiques de l’allergène arachide global), sans traduction clinique manifeste d’allergie. L’enfant peut donc reprendre de l’arachide sans inquiétude. L’homologie d’allergènes de la famille des PR10 avec Bet v1 est la base moléculaire des allergies croisées pollen de bouleaualiments comme la pomme (Mal d1), la pêche (Pru p1), la noisette (Cor a1), la carotte (Dau c1). Les symptômes reliés sont habituellement modérés (syndrome oral) et limités à la consommation des aliments crus, ces protéines étant thermolabiles. Les principales allergies croisées entre pollens et aliments sont rappelées dans le tableau. Allergie et effort Certains facteurs peuvent interagir avec la survenue d’une allergie. Ici, les signes ORL et respiratoires étaient bien entendu reliés à l’exposition au pollen de bouleau, mais leur déclenchement sur un mode brutal et sévère peut être en partie expliqué par l’association à un effort : hyperpnée en milieu allergénique, rôle de co-facteur de l’activité physique du fait d’un asthme induit par l’exercice chez un sujet prédisposé.

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